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La parenthèse d’Isa 06.03.26 Entre deal teams collaterales

Diffusé le 06/03/2026

Des packaging attractifs,  en clins d’œil aux produits "honnêtes", qui réclament pour la com' autant de créatifs.

Des packaging attractifs, en clins d’œil aux produits « honnêtes », qui réclament pour la com’ autant de créatifs.

L’info est apparue un jour de janvier sur le mur aux tarifs du quartier des Cévennes. Tous ceux qui passent par là l’ont vue. « Ici, c’est pas la DZ MAFIA. 30100 Alès, Vous êtes le bienvenu ! » Bon.

Ici ce serait pas, donc, « mais en fait, si, c’est”, se dit-il ici et là… Aussi qui sait si c’est ou si c’est pas ? En tout cas, ici bas, ça se tire et ça se barre à tout va.

On sait pas ce qu’ici c’est — Le tag sur le mur ne le dit pas — mais on sait en tout cas ce que c’est pas.

Ici, c’est pas la joie.

Derrière les façades récemment rénovées, le climat se dégrade. Il y a longtemps qu’on ne peut plus trouver ici le confort paisible d’un foyer à loyer modéré avec à deux pas toutes les commodités. Sur cette dalle sinistre où l’on a, peu à peu, tous les bouclards bouclés, le seul petit commerce de proximité qui persiste, on sait ce que c’est.

Ici, c’est pas toi qui décide quand tu sors ni quand tu rentres, papa ! C’est pas parce qu’ici c’est chez toi que tu passes youp lala. C’est ton entrée mais ta gueule ! Ta porte, c’est aussi celle du four : un espace-temps parallèle qui se superpose à l’ordinaire, régí par ses propres codes auxquels, habituée, tu obéit, mamie. Tu patientes. Tu le sais : on rentre pas dans le four comme dans un moulin ! Surtout pendant le service.

Ici, c’est pas le vivre ensemble en convivialité choisie. Peut-être pas la DZ mafia mais un désert social, que les tirs d’artifice quotidiens ne parviennent pas à égayer ; un délétère climat, qui pousse les riverains à l’exil, exposés qu’ils sont tout à la fois aux nuisances du feu, aux violences du lieu et aux avalanches de caillasse.

Il n’y a pas de jour où l’assistante sociale du secteur ne reçoive une famille qui demande à être relogée ailleurs, tandis que les troupes cantonnées autour du four banal pour effaroucher les vilains oiseaux les ont fait fuir, eux aussi, vers d’autres quartiers… Possiblement les mêmes.

La méthode du déplacement du problème a pourtant partout démontré une efficacité comparable à la technique de la poussière sous le tapis, mais ça rassure les électeurs. Le ménage est fait. L’équipe de choc a fait place nette. Un coup de peinture fraîche a recouvert le tag. Et donc, alors mais qui ni quoi ou qu’est-ce ? C’est ou c’est pas ? Qui investit le territoire si bien que la troupe le lui abandonne ? Un projet de reprise en consensualité partagée aurait-il su convaincre ? Un nouveau commensal, local et pas PACA ?

Sait pas !

Toujours est-il que depuis quelques jours tout, au four, comme le tour banal et familier de la voiture banalisée, a retrouvé son cours. Les affaires ont pu tranquillement reprendre et le voisinage collatéral se détendre. Comme quoi, il suffit d’un peu de bonne volonté pour réinsuffler de la vie dans le quartier… tisser du lien social… offrir aux jeunes des opportunités de carrière.

Ici, pas besoin de diplôme pour pécho l’emploi franc au salaire motivant ! Bah quoi ! On est QPV ou on l’est pas ! Ici, il y a du débouché pour tous. Sans discrimination d’âge ni de sexe, on recrute les talents : du travail posté pour débutant : observateur-trice de l’environnement — agent-agente de surveillance et de sécurité ; aux spécialisations requérant quelques mois d’expérience : détaillant-détaillante en produits de première nécessité — nourrice à domicile (homme ou femme) — transporteur, livreur ou ramasseur de balles perdues, il y a de quoi valoriser toutes les compétences.

Ici, c’est pas la Design SA, Havas ni Publicis, mais avec ses PLV, ses promotions et ses packaging attractifs, la com’ réclame aussi des créatifs. Netsplif, Nutellhash, Moula Chups, Mikadose… autant de clins d’œil aux produits honnêtes qui mentionnent clairement sur le paquet que dedans, c’en n’est pas.

C’est peut-être de la bombe mais c’est pas de la blague : l’économie du narcotrafic obéit aux mêmes règles de concurrence que n’importe quel marché. Loin d’être un business négligé du grand capitalisme, il est au contraire intégré dans le calcul du PIB. Ici, à Alès, on sait pas ce que c’est, mais ce qui est sûr c’est qu’ici comme partout règne la loi, univoque et sans scrupule, de la jungle des affaires. Ici comme partout, les affaires, c’est les affaires, à cette seule infime différence que dans le monde officiel de la camelote licite, la poudre empoisonnée que les mômes se font refiler, c’est le lait Nestlé.

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